jeudi 16 août

16 août 1896. L'Indien Skookum Jim déclenche la ruée vers l'or du Klondike.

Dans un ruisseau d'Alaska, cet Indien découvre des paillettes qui attireront cent mille personnes et... Charlot.

16 août 1896. L'Indien Skookum Jim déclenche la ruée vers l'or du Klondike.

 

À quoi ça tient, une ruée vers l'or ? À rien, ou presque. À un Indien nommé Skookum Jim qui puise de l'eau dans un ruisseau d'Alaska. Ce geste banal déclenche la ruée de cent mille individus dans le Klondike, tous rêvant de faire fortune. Quelques-uns s'en mettront, en effet, plein les fouilles, tandis que des milliers d'autres crèveront dans la neige. Ce Skookum, Indien de la nation Tagish, gagne sa vie comme porteur pour les mineurs d'Alaska. À 41 ans, il est encore costaud comme Teddy Riner, et généreux comme l'abbé Pierre. C'est aussi le meilleur trappeur de la région. Depuis 1888, il cherche de l'or dans les rivières de la région, mais sans grande réussite. Il s'associe avec un mineur blanc, George Washington Carmack, qui finit par épouser sa soeur. Mais d'or, point.

George et son épouse Kate décident alors de quitter Skookum pour prospecter dans la région Forty Mile. Plusieurs années passent en activités d'orpaillage peu rentables. En 1896, Skookum part à leur recherche, avec son neveu Charlie. Il les déniche à l'embouchure de la Klondike River en train de pêcher le saumon. Conseillée par un vieux prospecteur, la petite troupe décide de rechercher des paillettes dans le Rabbit Creek (le ruisseau du lapin). Dans un premier temps, ils font chou blanc. Le 16 août, Jim revient au camp avec un orignal qu'il a tué. C'est en allant puiser de l'eau à la rivière pour le préparer qu'il fait la découverte qui va changer le destin de milliers d'hommes sur terre. Il se baisse et que voit-il ? Des paillettes. Une quantité phénoménale de paillettes. Ça brille tellement qu'il doit emprunter les lunettes de soleil de Philippe Manoeuvre. Il tombe à genoux dans l'eau, ramasse l'or à pleine main et hurle à l'intention de ses compagnons : "De l'or ! De l'or !" Ainsi commence l'une des plus spectaculaires ruées vers l'or de l'histoire humaine. Après celle de Michael Phelps aux JO, bien entendu.

Calvaire

Après un moment d'allégresse, les trois hommes et la jeune femme s'empressent de jalonner quatre concessions. Deux pour le découvreur (comme la loi l'y autorise) et une pour chacun des deux autres hommes. Puis, le lendemain, ils se rendent dare-dare au poste de police édifié à l'embouchure de la Fortymile River pour déclarer celles-ci. Dès lors, la rumeur de l'or vole de bouche en bouche. Une semaine plus tard, la Rabbit Creek, rebaptisée la Bonanza (aubaine) Creek, est entièrement cernée de jalons. L'or se ramasse à la pelle, ou presque. Mieux que ça, en remontant un ruisseau se jetant dans la Bonanza, un prospecteur trouve un filon encore plus riche. Les premiers arrivés, les premiers servis. Les concessions s'achètent et se revendent, engendrant une énorme spéculation. Juste avant Noël, la nouvelle de l'or atteint Circle City, le plus grand campement d'Alaska. Sans attendre le dégel, de nombreux prospecteurs partent en traîneau pour le Yukon. En juillet 1897, les premiers chanceux ayant fait fortune débarquent à San Francisco et à Seattle. Dès lors, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans le monde entier. Quelque cent mille hommes et femmes font leur baluchon pour l'Alaska sans se douter que les derniers kilomètres du parcours se révéleront être un calvaire.

En comparaison, la Passion du Christ est une balade de santé. Il faut franchir des cols effroyables, affronter la neige, le froid, la faim, la maladie. Entre trente mille et quarante mille seulement de ces candidats à la fortune parviennent à franchir tous les obstacles. Et le plus souvent, pour ne rien trouver.

Durant quatre ans, Jim Skookum, son beau-frère George et son neveu Charlie exploitent en commun leurs quatre concessions. Ils en extraient pour un million de dollars d'or qu'ils se partagent équitablement. Carmack et son épouse indienne partent s'installer dans un ranch en Californie. Mais bientôt, George jette son épouse indienne pour se marier avec une certaine Marguerite. Quant à Skookum, le voilà trop riche pour ses habitudes. Que faire de son argent ? Il se fait bâtir une grande maison, se promène dans les rues de Dawson somptueusement habillé d'un costume, d'une chemise blanche. Il arbore une énorme montre à gousset. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à chasser et à poser des pièges durant l'hiver.

Et puis, bien sûr, il se met à boire. Par miracle, il conserve un soupçon de lucidité qui lui fait investir le reste de sa fortune dans un fonds avant de la gaspiller. Cette vie de riche ne plaît pas à son épouse qui finit par retourner dans son village natal. Mais Skookum sait être généreux. Quand, en 1900, sa soeur est abandonnée sans le sou par Carmack, il lui fait construire une cabane à Carcross et lui file un peu d'argent pour vivre. Toute sa vie, il tentera de trouver de nouveau un bon filon, prospectant sur la côte est des États-Unis. À sa mort, il lègue de belles sommes à sa soeur, à sa fille, à son neveu et, surtout, il crée le Skookum Jim Indian Fund, un fonds au bénéfice des Indiens du Yukon.

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