mardi 14 août

L'Allemagne épinglée pour un excédent commercial trop élevé ?

La Commission européenne pourrait mettre l'économie allemande sous surveillance à cause du déséquilibre de sa balance commerciale.

Angela Merkel pourrait être obligée de surveiller la balance commerciale allemande, trop excédentaire.

Angela Merkel pourrait être obligée de surveiller la balance commerciale allemande, trop excédentaire.

L'Allemagne affiche-t-elle une balance commerciale trop excédentaire ? La question paraît saugrenue, mais elle pourrait être mise sur la table par la Commission européenne, rapporte le Financial Deutschland. Cette année, le surplus de la balance courante (qui inclut notamment la balance commerciale) devrait atteindre 210 milliards d'euros, soit plus que l'excédent chinois, japonais ou celui des pays exportateurs de pétrole, note le journal en citant l'institut de statistiques allemand (IFO). Exprimé en pourcentage du PIB, l'excédent courant du pays dépasserait alors les 6 %, le seuil maximum fixé par Bruxelles (moyenne sur trois ans) dans le cadre de sa surveillance des déséquilibres macroéconomiques dans la zone euro prévue par une nouvelle législation européenne (Six-pack). La Commission pourrait donc mettre Berlin sous surveillance pour cause de performances trop favorables !

Lors de son premier rapport remis en février, l'exécutif bruxellois avait épargné l'Allemagne, qui n'avait pas été incluse dans la liste de 12 pays (dont la France), ayant fait l'objet d'un rapport détaillé et de recommandations particulières. La nouvelle augmentation de l'excédent commercial allemand pourrait changer la donne. Car un excédent commercial trop important peut être déstabilisant pour la zone euro au même titre que les déficits persistants des pays du Sud puisque aucune dévaluation ou révélation monétaire n'est possible pour rétablir l'équilibre entre les États membres.

Critiques de l'OIT

Pour certains, l'excédent allemand n'a d'ailleurs été possible que par une politique d'austérité salariale destinée à regagner la compétitivité perdue après la réunification. Les Allemands auraient ainsi redressé leur commerce extérieur au détriment de leurs voisins en comprimant la demande intérieure, par une politique de dévaluation interne censée rétablir la compétitivité de l'industrie. Résultat, les pays du sud de l'Europe auraient souffert d'une consommation atone dans la première économie de la zone euro.

Une stratégie qui, appliquée à l'échelle de l'Europe, serait responsable de la crise, selon un rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) : "Au niveau européen, cela a créé les conditions d'un marasme économique prolongé car les autres pays membres estiment de plus en plus que seules des politiques de déflation salariale encore plus strictes résoudront leur problème de compétitivité, ce qui est d'autant plus décourageant qu'on voit mal dans quelle mesure ces politiques de déflation salariale en Allemagne ont contribué à une hausse de l'emploi, qui était à peine plus élevé en 2006 qu'en 1991." Pour l'OIT, la bonne performance des exportateurs allemands ne s'explique en effet pas par la modération salariale - qui a par ailleurs déprimé le secteur des services en faisant plonger la productivité du secteur - mais par "l'orientation géographique des exportateurs allemands vers les économies émergentes dynamiques".

La Commission européenne est évidemment loin de faire cette analyse. Il n'en reste pas moins qu'elle pourrait demander à l'Allemagne de rééquilibrer ses échanges. Non pas en diminuant ses exportations, mais en stimulant la demande intérieure, ce qui contribuerait sans doute à donner un bol d'air à ses voisins européens.

Le miroir français

La France, elle, devra faire le chemin inverse. Elle a déjà été épinglée par Bruxelles pour l'aggravation du déficit de sa balance des biens, "en partie" due à "une perte de compétitivité sur les coûts salariaux après la réintroduction sur la période 2003-2005, d'un salaire minimum unique (la réforme des 35 heures engagée précédemment avait abouti à cinq niveaux minimum différents)." La Commission estime qu'un "déplacement de la charge fiscale du travail vers la consommation et l'environnement aurait probablement des effets bénéfiques sur l'emploi et sur la réalisation des objectifs environnementaux".

Au mois de juin, le déficit commercial français s'est de nouveau creusé à - 6 milliards d'euros, pour atteindre 34,9 milliards d'euros depuis le début de l'année. Même la ministre du Commerce extérieur a reconnu que les entreprises françaises souffraient d'un problème de compétitivité : "Certes, la conjoncture mondiale se dégrade et l'Europe traverse une crise économique profonde, à laquelle nous nous efforçons, avec nos partenaires, de répondre. Pour autant, ces chiffres témoignent du problème de compétitivité de nos entreprises. N'oublions pas que la vraie source de la croissance, c'est leur capacité à affronter la concurrence. Nous avons besoin d'entreprises beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus fortes", écrit Nicole Bricq dans un communiqué.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Allemagne ne souffre pas des même maux.

source le point

Posté par le tigre blanc à 10:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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